Comprendre la différence entre pacte de préférence et promesse unilatérale

Personne ne vous prévient jamais vraiment : avant la signature, il existe tout un univers de contrats préparatoires, discrets mais puissants, qui sculptent l’avenir d’un accord. Pacte de préférence, promesse unilatérale… Ces deux termes se glissent dans les discussions des juristes, des investisseurs, ou des futurs acquéreurs. Les comprendre, c’est éviter les faux pas ; les ignorer, c’est risquer une déconvenue au moment décisif.

Pour y voir plus clair, voici un aperçu structuré des notions clés abordées dans cet article :

  • 1 Que sont les précontrats ?
  • 2 Différents types de pré-contrats
    • 2.1 La promesse unilatérale
    • 2.2 Le pacte préférentiel
  • 3 Sanctions pour violation inappropriée d’un contrat préliminaire
    • 3.1 Retrait illicite de la promesse unilatérale
      • 3.1.1 Révocation de la promesse avant la fin du délai spécifié
      • 3.1.2 Conclusion d’un contrat avec un tiers
    • 3.2 Violation d’une clause préférentielle

Que sont les précontrats ?

Les précontrats servent de cadre aux discussions qui précèdent la signature d’un contrat définitif. Ils fixent les règles du jeu lors des négociations et permettent de baliser le terrain avant de s’engager pleinement.

Souvent reléguée au second plan, cette phase offre pourtant une garantie juridique précieuse. L’interruption brutale des échanges peut entraîner des préjudices : temps investi, frais engagés, occasion manquée. Aux yeux du droit, cette étape ne se traite donc pas à la légère.

LegaLife propose un éclairage actualisé sur ces instruments trop souvent sous-estimés.

Les différents types de pré-contrats

La promesse unilatérale

La promesse unilatérale, née de la pratique avant d’être consacrée par l’article 1124 du Code civil (après réforme de 2016), s’impose comme une figure incontournable, notamment dans l’immobilier.

Le principe est limpide : une partie (le promettant) accorde à l’autre (le bénéficiaire) un droit d’opter pour la conclusion d’un contrat dont les éléments majeurs sont déjà posés. Tant que le délai fixé court, le bénéficiaire peut lever l’option et sceller définitivement l’accord. Ce mécanisme offre une sécurité : le bien ou l’actif visé ne peut pas lui échapper sans son consentement. Il arrive fréquemment que le bénéficiaire verse une indemnité d’immobilisation (souvent 10 % du prix), récupérable ou conservée selon que la vente se réalise ou non.

On retrouve cette logique dans le droit des sociétés, par exemple lors de la cession d’actions. Vous pouvez consulter sur notre site un modèle de promesse unilatérale de vente d’actions pour concrétiser ce type d’opération.

À ne pas confondre : la promesse unilatérale engage fermement le promettant, contrairement à l’offre simple, qui n’est qu’un acte unilatéral sans valeur contractuelle.

Le pacte préférentiel

Le pacte de préférence joue sur un autre registre. Ici, l’auteur du pacte ne s’engage pas à conclure le contrat, mais à proposer en priorité son bien ou son droit au bénéficiaire si l’intention de vendre ou de céder se manifeste.

Concrètement, si le titulaire du pacte décide de vendre, il doit d’abord solliciter le bénéficiaire avant tout autre candidat. Rien ne l’oblige à contracter si les conditions ne lui conviennent pas : le pacte ouvre une porte, mais n’impose pas de la franchir.

Un exemple fréquent : dans le cadre d’un bail d’habitation, un propriétaire peut s’engager à proposer la vente de son logement en priorité au locataire, sans que cela ne l’oblige à vendre ou à louer. Le locataire reste libre d’accepter ou non l’offre ainsi formulée.

À noter : ce droit de priorité ne s’applique pas aux baux commerciaux.

L’article 1123 du Code civil prévoit également l’usage du pacte de préférence pour la cession d’actions au sein d’une société. Les associés peuvent ainsi s’assurer que, si l’un souhaite céder ses parts, les autres disposeront d’un droit de priorité pour éviter l’arrivée d’un nouvel acteur extérieur.

Sanctions en cas de violation abusive d’un contrat préliminaire

Les précontrats ne sont pas de simples formalités. Les enfreindre en dehors des règles prévues entraîne des conséquences lourdes.

Retrait illicite d’une promesse unilatérale

Révocation de la promesse avant la fin du délai fixé

La législation a récemment évolué sur ce point. Si le promettant révoque sa promesse avant l’expiration du délai convenu, le contrat n’en demeure pas moins valable si le bénéficiaire décide d’exercer son option.

La conséquence est nette : la justice peut imposer l’exécution forcée du contrat, en obligeant le promettant à respecter ce qu’il avait formellement accepté.

Conclusion d’un contrat avec un tiers

L’article 1124 du Code civil précise que si un contrat est conclu en violation d’une promesse unilatérale, et que le tiers était informé de l’existence de cette promesse, le contrat est nul. Si le tiers n’en savait rien, le bénéficiaire peut récupérer l’indemnité d’immobilisation et obtenir réparation sous forme de dommages-intérêts.

Violation d’un pacte préférentiel

Lorsque le promettant passe outre le pacte de préférence et contracte avec un tiers, la loi distingue deux situations. Si le tiers ignorait l’existence du pacte, le bénéficiaire lésé peut solliciter des dommages-intérêts pour le préjudice subi. Mais si le tiers savait pertinemment qu’un pacte existait et que le bénéficiaire souhaitait s’en prévaloir, ce dernier peut demander à être substitué dans le contrat ou en obtenir l’annulation pure et simple.

À l’heure des négociations, ces nuances font toute la différence. Un pacte mal compris ou négligé peut transformer une opportunité en litige, tandis qu’un précontrat bien rédigé sécurise le passage de la promesse à la réalité. Alors, avant de signer, mieux vaut manier ces outils avec précision : c’est là que se joue, bien souvent, la sérénité de la transaction.